Jérôme Montchal

Portrait du nouveau directeur de la scène nationale de Châteauroux

Jérôme Montchal est né en 1971 près de Lyon.

Parallèlement à son DEA d’histoire et son doctorat d’histoire de l’art à la Sorbonne, il crée en 1999 un festival de musique médiévale et Renaissance à Saint-Laurent-de-Mure, dans le Rhône, qui mêle à des concerts prestigieux de musique très ancienne, du théâtre dans l’espace public.

En 2002, il part en Lorraine, refonder le festival « RenaissanceS » de Bar-le-Duc, préfecture de la Meuse. Il le transforme en un événement international de théâtre, de cirque et de musique ancienne, en en faisant un des plus importants festivals du quart Nord-Est de la France avec 40 000 spectateurs. 

La Ville lui demande de créer et prendre en main la direction des affaires culturelles et lui confie ensuite, à l’ouverture du nouveau théâtre de Bar-le-Duc en 2005, une programmation complémentaire à celle de la Scène nationale, créant une saison culturelle largement ouverte, de l’opéra La Damnation de Faust de Berlioz à l’humoriste Florence Foresti, en passant par la création des Coloniaux d’Aziz Chouaki ou le chanteur Nosfell.

 

En 2007, le Conseil Régional le sollicite afin d’imaginer la programmation artistique transfrontalière de la clôture en plein cœur de Metz de « Luxembourg 2007, capitale européenne de la culture ».

En 2009, il part diriger le théâtre et les affaires culturelles de Saumur, ainsi que son festival jeune public, où il affirme son goût pour le théâtre contemporain. Sa position a toujours été de se placer du côté de tous les publics, de leur plaisir, mais aussi du nécessaire effet de surprise et de curiosité à leur apporter. 

 

En 2010, il prend la direction des affaires culturelles de Châlons-en-Champagne, préfecture de la région Champagne-Ardenne, et y développe un lien fort avec le Centre National des Arts du Cirque, programme dans le théâtre et les lieux culturels municipaux.

 

Désireux de poursuivre à nouveau la direction d’un lieu, il prend en 2013 la direction du théâtre de Châtellerault, « les 3T ». Avec son équipe, il parvient, par une programmation inventive, exigeante et populaire de 40 spectacles et une centaine de représentations par saison, par un important travail d’action culturelle, et par un rapport renouvelé au public, à tripler les spectateurs et les abonnés. Avec son lieu reconnu pour ses résidences et son soutien à la création artistique, il réussit à obtenir en quatre saisons le statut de scène conventionnée d’intérêt national « art et création ». Audrey Azoulay, alors Ministre de la culture, l’annonce officiellement le 23 mars 2017.

 

A titre personnel, Jérôme Montchal conserve une activité d’historien de l’art du XIXe siècle, écrivant par exemple pour les Presses Universitaires de Rennes, le musée d’Orsay, le centre d’art contemporain de Bayeux ou plus récemment pour le musée national Magnin à Dijon.

 

Il dirige la Scène nationale de Châteauroux depuis le 1er septembre.

 

 

 

…La culture et le spectacle vivant sont 
des rencontres au quotidien…

 

 

 

 

Vous êtes nouvellement nommé directeur de la Scène nationale de Châteauroux, Pourquoi avoir postulé à Châteauroux?

Tout d’abord, je connaissais et appréciais déjà la Scène nationale de Châteauroux. Je viens voir sa programmation en salle, ou en décentralisation, depuis 5 ans.

La deuxième raison, c’est l’outil, important en termes de taille d’équipe, d’équipement et de qualité de programmation.

Enfin, je pense que l’art et la culture ont un rôle à jouer dans les villes moyennes. Equinoxe-Apollo, à cet égard, est une des réponses évidentes à la crise de déclassement social que l’on vit actuellement et qui laisse sans doute un sentiment d’inégalité territoriale.

 

Quel regard portez-vous sur la saison 19/20 qui a été concoctée par François Claude?

Pour plaisanter je dirais déjà qu’elle comporte deux coproductions des 3T de Châtellerault! Mais c’est bien le signe, avec les spectacles que j’ai déjà pu programmer ou ceux que j’ai déjà vus, que je partage de nombreux goûts communs avec François, qui a su brillamment être à l’écoute de la meilleure création d’aujourd’hui. Je n’aurai donc aucun souci pour assumer cette bonne programmation et la mettre en valeur. Je tiens ici à lui rendre hommage pour l’énorme travail accompli depuis 25 ans.

 

Quels artistes souhaiteriez-vous faire venir à Châteauroux?

Même si j’ai des fidélités, par exemple avec Hugues Duchêne que le public va découvrir cette saison dans le spectacle Je m’en vais mais l’État demeure, ou avec la metteuse en scène Anne-Laure Liégeois, je suis toujours un grand curieux et j’aime beaucoup faire découvrir de nouveaux coups de cœur pour des artistes exigeants, souvent émergeants, qui cultivent un rapport singulier au public. Mais j’aimerais partager ici mon goût pour les musiques savantes et je crois que je réserverai une place plus large à la danse également.

 

Comment envisagez-vous la rencontre avec le public et plus largement avec les Indriens?

De façon très simple et conviviale, comme une évidence. La culture et le spectacle vivant sont pour moi des rencontres au quotidien, pas des événements exceptionnels. Partager l’art, c’est un moment pour se retrouver entre amis ou, au contraire, avec des gens que l’on ne connaît pas. C’est une rencontre entre les spectateurs, les artistes et une équipe, celle d’Équinoxe-Apollo, qui a envie de promouvoir le spectacle. Une alchimie fragile mais toujours enrichissante.

 

Quel est votre rapport au cinéma?

Il est hebdomadaire. J’ai une pratique du cinéma très régulière puisque j’habite à côté du cinéma art et essai de Tours. J’ai envie que l’Apollo soit très ouvert, le plus ouvert possible aux habitants, et qu’il continue à proposer de belles découvertes. Avec Equinoxe, il doit susciter la curiosité et le désir !

Qu’est-ce qui vous a amené vers les métiers de la scène?

Je suis venu là par le patrimoine. C’était une volonté, il y a plus de vingt ans maintenant, de mettre en valeur monuments historiques et spectacle vivant de façon concomitante, par la musique ancienne justement; puis rapidement par le théâtre et le cirque. J’ai ainsi refondé le festival «RenaissanceS» de Bar-le-Duc (Meuse) qui recrée une fête au 16ème siècle de manière contemporaine et culturelle.

 

Quelques questions qui émanent des abonné.e.s

- Quelle place souhaitez-vous donner à la musique classique?

Comme il existe localement un paysage de musique de chambre important, je préfère travailler sur des domaines qui sont peu exploités parce que coûteux, et c’est peut-être le rôle de la Scène nationale: le champ de la musique symphonique et lyrique, par exemple en se rapprochant de l’opéra de Limoges. L’autre domaine à explorer est celui de la musique ancienne qui peut réunir des amateurs de musiques trad et classique. Elle produit souvent des concerts très vivants.

 

J’ai toujours apprécié la variété de la programmation, le divertissement, la culture mais une autre dimension est très importante pour moi: la chaleur de l’accueil, la convivialité, qui décuple mon plaisir de me rendre à Équinoxe ! Il y a dans cette maison un grand vent d’humanité qui souffle et qui s’exprime aussi par le souci des publics empêchés de toutes sortes : avez-vous ressenti ces préoccupations et souhaitez-vous poursuivre dans ce sens?

L’accueil des publics est pour moi primordial, la représentation doit effectivement être un moment de plaisir. Plusieurs sens sont mis en exergue : plaisir de l’écoute, plaisir intellectuel de la langue ou de la découverte, beauté visuelle… et plaisir effectivement d’être accueilli par une équipe bienveillante, à l’écoute, pour former une sorte de grande famille.

Il y a un public dont on parle peu mais qui m’intéresse, ce sont les détenus. C’est une idée que je voudrais creuser, tout en continuant à travailler avec les autres publics empêchés. Je pense aussi aux publics qui sont tout simplement empêchés géographiquement, et dans mon projet il est prévu des tournées de décentralisation. 

 

Pour mieux vous connaître, pourriez-vous nous nommer 1 spectacle, 1 film, 1 livre et 1 œuvre d’art qui vous ont particulièrement touchés pour diverses raisons?

- Spectacle: Un des plus beaux que j’ai vu cette dernière année s’appelle Tristesse et joie dans la vie des girafes. Ce spectacle qui a été programmé à Avignon raconte l’histoire d’une petite fille qui doit faire un exposé sur les girafes et qui a besoin pour cela de Discovery Channel. 

Son père est au chômage et n’a pas renouvelé son abonnement. Elle va donc chercher l’argent pour s’abonner à vie à cette chaine documentaire. Elle traverse Lisbonne, dévastée par la crise sociale, en compagnie de son doudou bavard pour trouver la somme nécessaire. Elle va rencontrer une foultitude de personnages sur son chemin, jusqu’au premier ministre. Un spectacle drôle et très touchant sur la découverte de soi.

- Film: Green Book, film à mi-chemin entre art et essai et grand public. Il raconte l’histoire vraie d’un chanteur et pianiste prodige noir qui cherche un chauffeur blanc pour faire une tournée dans le sud des États-Unis, qui était dans les années 1950-60 extrêmement ségrégationniste. C’est une histoire du racisme à travers le chauffeur découvrant tardivement son humanité grâce à son patron.

- Livre: À son image de Jérôme Ferrari. Cet auteur, qui avait obtenu le prix Goncourt, nous parle d’une jeune photographe corse prise dans les affres du nationalisme. Sa vie est décrite par son oncle prêtre qui divise son récit à travers les différents chants liturgiques corses de l’enterrement de sa nièce qu’il est en train de célébrer. La langue est magnifique, et l’atmosphère restitue fort bien l’île, je pense.

- Œuvre d’art: Le fils prodigue de George Minne. Cette sculpture symboliste belge du musée de Gand est probablement la seule œuvre d’art plastique qui me fasse pleurer. Le père pardonne à son fils de façon réellement émouvante. 

Ce sont finalement quatre histoires de rencontres humaines, notre richesse : voici ce qui me touche dans l’art.

 

Vos loisirs quand vous n’êtes pas dans une salle noire?

J’essaie modestement d’être historien de l’art, je travaille sur la production des élèves de l’école des Beaux-Arts de Paris au XIXe siècle. Cette passion me délasse beaucoup.

 

Votre idée du bonheur?

C’est de faire tout ce que je viens de dire: aller au spectacle, contempler de belles œuvres d’art et rencontrer d’autres humains, découvrir quoi ! Ce bonheur-là est infini…

Equinoxe

Scène nationale de Châteauroux
Avenue Charles de Gaulle
CS 60306 - 36000 Châteauroux

Adm. :+33(0)2 54 08 35 82

Billetterie ouverte

Mardi & Jeudi de 14h à 18h

Mercredi & Vendredi de 13h à 18h

Samedi de 10h à 13h

+33(0)2 54 08 34 34

Billetterie en ligne

cinéma l’Apollo

Maison de l'image
4 rue Albert 1er
36000 Châteauroux

Prog.:+33(0)2 54 60 18 75
Adm.:+33(0)2 54 60 18 34

www.cinemaapollo.com